Enquête bâclée sur l’assassinat de Jovenel Moïse : révélations accablantes
L’audition de l’agent spécial du FBI, Martin Suarez, devant un tribunal fédéral américain, agit comme un électrochoc dans le dossier déjà trouble de l’assassinat de Jovenel Moïse. Les révélations faites sous serment soulèvent des interrogations fondamentales sur la rigueur méthodologique de l’enquête initiale menée après l’attaque du 7 juillet 2021.
D’un point de vue strictement procédural, l’absence totale d’analyses ADN et de relevés d’empreintes digitales sur une scène de crime d’une telle gravité constitue une anomalie majeure. Dans tout protocole d’investigation criminelle standard, ces éléments forensiques sont considérés comme des piliers incontournables pour établir des responsabilités, reconstruire les faits et consolider les charges judiciaires.
Or, selon le témoignage de l’agent, aucune exploitation scientifique des traces pourtant abondantes (sang, impacts balistiques, objets divers) n’a été réalisée. L’argument du « manque de temps », avancé pour justifier cette lacune, peine à convaincre, surtout lorsqu’il est admis que les équipes sont restées plusieurs heures sur les lieux.
Plus préoccupant encore, la rupture de la chaîne de possession des preuves. Plus de 40 objets, incluant des douilles, des téléphones et divers équipements potentiellement déterminants, ont été collectés avant d’être récupérés par la police haïtienne, mettant fin à l’accès du FBI à ces éléments.
Dans les standards internationaux, une telle discontinuité fragilise considérablement la valeur probatoire des pièces à conviction. Elle ouvre la porte à des soupçons de manipulation, de contamination, voire de disparition de preuves.Les critiques formulées par les avocats de la défense ne font qu’accentuer ce malaise.
Ils évoquent une enquête incomplète, des zones non inspectées et une absence manifeste d’exhaustivité dans la fouille de la résidence présidentielle. Si ces affirmations se confirment, elles traduisent non seulement une défaillance opérationnelle, mais aussi un possible biais dans l’orientation de l’enquête.
Mais au cœur de cette affaire, une question demeure particulièrement sensible : celle des caméras de surveillance. Comment expliquer qu’aucune séquence vidéo exploitable n’ait été produite jusqu’à présent, alors même que la résidence d’un chef d’État est censée être hautement sécurisée et équipée de dispositifs de monitoring sophistiqués ?
L’absence d’explications claires sur le sort de ces enregistrements alimente les spéculations et renforce l’impression d’un dossier volontairement ou involontairement obscurci.
En définitive, ces nouvelles révélations ravivent un constat déjà largement partagé : l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse reste marquée par des zones d’ombre structurelles, des incohérences procédurales et une gestion contestée des preuves.
À ce stade, la quête de vérité semble encore entravée par des défaillances qui dépassent la simple négligence et interrogent, plus profondément, la volonté réelle d’élucider ce crime d’État.
Journaliste
Analyste Politique
Entrepreneur
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