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Haïti : un marché de l’emploi en chute libre sous pression sécuritaire et économique

Haïti : un marché de l’emploi en chute libre sous pression sécuritaire et économique

La crise de l’emploi en Haïti La détérioration du climat de sécurité et l’inflation aggravent considérablement la crise de l’emploi en Haïti eu égard à la quantité et la qualité de l’emploi. Considérant l’importance de l’emploi dans le développement socio-économique de tout pays et son rôle essentiel dans la lutte contre la pauvreté, à l’occasion de la journée internationale du travail et de l’agriculture, nous sommes animés du désir à faire cette réflexion sur le marché d’emploi en Haïti.

L’économiste Jean-Marie Harribey définit l’emploi comme : « le cadre institutionnel dans lequel s’exerce un travail salarié ou indépendant, engendré soit par le secteur marchand soit par le secteur non marchand ». Dans notre code du travail, le concept d’emploi est textuellement absent mais, tenant compte de sa référence au travail qui a un caractère permanent, ceci dégage tout bonnement le sens de l’emploi. À ce propos, on y trouve l’idée de la relation de travail protégée et durable particulièrement, entre employeur et salarié.

Cette durabilité dans l’emploi, fait qu’on parle de plus en plus aujourd’hui de la propriété sociale. Selon cette théorie soutenue par Robert Castel, il s’agit d’une sorte d’analogon qui renvoie à l’idée de la sécurité et de la protection dans le travail. De fait, l’emploi suppose l’exercice d’un travail qui assure l’accès à un statut et offrant un bon nombre de protections.  Les articles 35 et 35-1 de la Constitution haïtienne de 1987 amendée, imposent à l’État l’obligation de garantir le droit au travail, le droit à un juste salaire et des conditions de travail favorables à tout salarié.  En Haïti, il y a eu une crise d’emploi depuis plusieurs années.

Avec l’aggravation du climat de sécurité, la situation a dégénéré.  Selon l’ONU, il y a 1,4 million de personnes déplacées. Il va de soi que le chaos sécuritaire a également entrainé la fermeture de plusieurs entreprises avec le contrôle d’environ 85% de Port-au-Prince par des groupes armés et, par conséquent, la perte de plusieurs emplois. En effet, la crise de l’emploi en Haïti est un fait palpable qui ne laisse aucune place au doute. Le nombre d’emplois est vraiment insuffisant d’une part, et se développe un marché du travail qui se détache de plus en plus de l’idée de relation de travail stable et durable, d’autre part.

A-Par rapport à la quantité d’emplois Ce manque d’emplois s’illustre dans une certaine mesure par le phénomène continu de la migration haïtienne à travers lequel les haïtiens partent en masse à la recherche d’emploi et de meilleurs salaires. Les motifs économiques étaient les principales raisons de l’immigration des haïtiens vers d’autres pays tels : République Dominicaine, États-Unis, Canada, Chili, Bahamas et Brésil. Aujourd’hui, avec ce climat d’insécurité, la situation va de mal en pis ; plusieurs emplois disparaissent avec le phénomène des territoires perdus. Il y a des entreprises et institutions qui sont pillées.

D’autres sont contraints de fermer leurs portes. Dans les colonnes du journal le nouvelliste en date du 9 décembre 2022, Frantz Duval qui est rédacteur en chef dudit journal, a fait savoir que dans les parcs industriels tenant compte des zones franches et usines du pays de mai à octobre 2022, après quelques mois de turbulences, le pays a perdu 20 000 emplois directs.  Il y a plus de dix ans, l’économiste Fritz-Gérald Louis, expert en analyse économique et développement international, avait affirmé que le taux de chômage dans le pays était à 35%. Aujourd’hui, des estimations non officielles parlent d’un taux de chômage qui dépasse 50%. Désormais, le chômage bat son plein en Haïti. B-Par rapport à la qualité de l’emploi De même que la quantité de l’emploi, la qualité de l’emploi baisse considérablement en Haïti.  Selon les données consultées, plus de 80% des travailleurs sont dans le secteur informel c’està-dire qu’ils travaillent sans bénéficier des règles de protections sociales prévues dans le code du travail.

Selon un rapport du Bureau International du travail (BIT), publié en mai 2010, l’Office d’Assurance Travail Maladie et Maternité (OFATMA) comptait 58 000 assurés principalement à Port-au-Prince. L’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) démontrait quant à lui près de 400 000 assurés et ne versait que 1800 pensions. Ces maigres chiffres illustrent la qualité critique des emplois en Haïti. 16 ans plus tard, avec l’augmentation de la population haïtienne, l’absence d’initiative de création d’emplois et les pertes considérables d’emplois à cause du climat de sécurité, la situation devient certainement pire.

De plus, le contrôle des grands axes routiers par des gangs armés puis, imposant de nombreux postes de péages, entraine une hausse des prix des biens et des services donnant lieu à une perte de pouvoir d’achat par la plus grande majorité des travailleurs qui survivent avec un salaire minimum insignifiant. Sans besoin de venir à l’augmentation du prix des produits pétroliers. Cette instabilité sécuritaire et économique fait venir de plus en plus de contrats de travail de courte durée sur le marché d’emploi.  Un phénomène qui engendre une situation de précarité dans la relation de travail car cette formule tend surtout à assouplir les conditions de rupture du contrat voire écarter les règles de licenciement du fait que la relation de travail est limitée.

D’autant plus, d’autres formes de contrats exceptionnelles font leur apparition sur le marché du travail haïtien. Le contrat de zéro heure qui ne garantit aucun salaire car le salarié sera payé selon les services fournis.  En réalité, ce sont des vases communicants : des salariés en contrat à durée indéterminée tombent vers des contrats de travail précaires pour terminer vers le travail informel. La qualité de l’emploi est aussi importante que l’emploi lui-même. 

À travers le rapport de l’ancien directeur général du BIT à la 87e session de la conférence internationale du travail à Genève, Juan SOMAVIA a présenté la qualité de l’emploi comme étant l’un des piliers importants à promouvoir, le travail décent. En ce sens, il ne suffit pas de créer des emplois, il faut créer des emplois d’une qualité acceptable de telle sorte que le travail puisse marcher de pair avec la protection des droits et garantir un revenu suffisant permettant de bénéficier une protection sociale appropriée. En somme, le marché de l’emploi en Haïti est dans une situation de crise profonde. La création d’emplois basée sur la qualité, reste et demeure pour tout État, un outil favorable au développement économique et social.

Grace à l’emploi, selon la pensée de John Locke, chaque citoyen détient la possibilité d’exister pour lui-même sans être en situation de dépendance et en tant qu’employé, il aura accès à des droits et avantages sociaux qui pourront l’aider à avoir un mieux-être dans les meilleures conditions.

Me. Steeve Mardochée DIEUDONNÉ, Avocat au Barreau de Port-au-Prince Titulaire d’un Master 2 en Droit social de l’entreprise de l’université Toulouse Capitole


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