1er Mai : la rhétorique du pouvoir face au naufrage du réel
Sous le vernis d’un thème mobilisateur — « Pwodiksyon nasyonal se potomitan batay pou sekirite » — la célébration du 1er Mai aura surtout exposé un décalage devenu chronique entre la rhétorique gouvernementale et la réalité socio-économique du pays. Face à une assistance institutionnelle bien calibrée, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a déroulé un discours empreint de symbolisme, mais largement dépourvu d’annonces structurelles capables d’inverser les dynamiques de précarisation.
L’insistance sur « l’inclusion économique » et la « justice sociale » relève désormais d’un lexique politique usé, tant ces concepts peinent à se traduire en politiques publiques mesurables. Dans un contexte où l’insécurité paralyse les circuits de production et où l’économie informelle domine, évoquer la relance agricole sans sécurisation effective des zones rurales frôle l’incohérence stratégique.
La mise en scène aux jardins du Palais National, présentée comme un signal de reprise territoriale, s’apparente davantage à une opération de communication qu’à une démonstration de contrôle réel. Car en dehors de cet espace hautement sécurisé, l’État continue de perdre du terrain face à des groupes armés qui dictent leur loi.
Quant aux programmes annoncés par le MAST et le MARNDR, leur efficacité reste conditionnée à une gouvernance rigoureuse et à des capacités d’exécution qui, jusqu’ici, font défaut. Sans mécanismes transparents de suivi et sans réformes profondes, ces initiatives risquent de s’inscrire dans la longue liste des promesses sans impact.
En définitive, ce 1er Mai aura illustré une constante : un pouvoir qui parle d’unité, de discipline et de progrès, mais qui peine à instaurer les conditions minimales pour que ces ambitions prennent forme dans le quotidien des Haïtiens.
La Rédaction
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